Notariats français et chinois
échangent sur la force probante des actes :
une réflexion commune sur la sécurité
juridique à l'ère numérique

Face aux transformations
profondes de l'ère numérique et au développement fulgurant des technologies
d'intelligence artificielle, comment les actes notariés peuvent-ils garantir la
force probante et assurer la sécurité juridique ? Dans l'après-midi du 22
octobre 2025, le colloque franco-chinois « L'acte authentique : la preuve et la
sécurité juridique » s'est tenu avec succès à Shanghai. Dirigé par le Bureau de
la Justice de Shanghai, l'Association du Notariat de Shanghai (ANS) et le
Conseil Supérieur du Notariat (CSN), et organisé et coordonné par le Centre
sino-français de formation et d’échanges notariaux et juridiques à Shanghai
(ci-après dénommé « le Centre»), l'événement a rassemblé des représentants des
professions notariales, des magistrats et des professeurs de droit des deux
pays. Autour des caractéristiques essentielles de l'acte notarié, les
participants ont mené des recherches et des discussions sur les nouveaux défis
à relever par ces différents acteurs du droit pour adapter les services notariaux
à ces nouvelles technologies sans perdre les avantages conférés par l’acte
notarié.
Lors de la cérémonie
d'ouverture, LU Zheng, Directrice adjointe du Bureau de la Justice de Shanghai,
et Pierre Jean MEYSSAN, Premier Vice-Président du CSN en charge des affaires
internationales, ont prononcé les discours d'ouverture et formulé des
perspectives encourageantes. Les deux parties ont souligné la longue histoire
des systèmes notariaux français et chinois, ainsi que la coopération sans cesse
approfondie entre les deux pays dans le domaine notarial, qui fournit une
expérience précieuse pour le développement de leurs régimes juridiques
notariaux respectifs. Ce colloque, centré sur la reconnaissance de la force
probante des actes et la garantie de la sécurité juridique, vise à répondre aux
nouveaux défis posés à l'activité notariale par l'ère numérique, à renforcer
davantage la crédibilité et l'efficacité pratique du notariat, et à contribuer
ainsi à la construction d'un système de services juridiques plus sûr, efficace
et digne de confiance.
Étaient présents à ce colloque
: XU Wensheng, Directeur du Département de la gestion du travail notarial du
Bureau de la Justice de Shanghai ; CHEN Mingxun, Président de l'ANS ; DING Wen,
Secrétaire général de l'ANS, Président du Conseil d'Administration et Directeur
(Chine) du Centre ; XU Xuemei, Présidente du Conseil de surveillance de l'ANS
et Administratrice du Centre ; HU Xiaojin, Directrice du Comité de la formation
de l’ANS et Administratrice du Centre ; MA Le, Vice-doyen de l’École des
Affaires juridiques internationales de l'Université de droit et de science
politique de Chine de l’Est ; ainsi que des notaires des diverses études
notariales de Shanghai. De plus, représentant la jeune génération universitaire
des deux pays, des étudiants français en master de droit notarial en échange à
Shanghai ainsi que des représentants des étudiants de l'École des Affaires
juridiques internationales de l'Université de droit et de science politique de
Chine de l’Est ont également assisté à ce colloque.
Lors de la session d'échanges,
les intervenants français et chinois ont prononcé des discours sur le thème «
L'acte authentique : la preuve et la sécurité juridique ».

Yves CHARPENEL, Premier Avocat
Général honoraire près la Cour de cassation et Administrateur du Centre, a
présenté en détail le système de preuve en vigueur en droit français. Il a
souligné que le système de preuve français est centré sur la preuve écrite,
visant à garantir la sécurité juridique. La preuve écrite se subdivise en acte
authentique et acte sous signature privée. Le premier possède la force probante
la plus forte, tandis que le second, dont la force probante est moindre, peut
être renforcé par le contreseing d'avocat. Dans des cas exceptionnels tels
qu'un montant inférieur au seuil donné, l'impossibilité matérielle ou morale de
se procurer un écrit, l'existence d'un usage, ou une convention contraire des
parties, il est permis d'apporter la preuve par tout moyen. En droit pénal,
bien que la preuve écrite soit privilégiée, le principe demeure celui de la
liberté de la preuve et le juge a la responsabilité de collecter les preuves.
M. CHARPENEL a insisté sur le fait que le système probatoire français, tout en
maintenant la priorité à l'écrit, s'adapte constamment à l'ère numérique grâce
à des mécanismes flexibles intégrés par la loi, tels que l'admission de la
preuve électronique et la reconnaissance de la signature électronique,
parvenant ainsi à équilibrer efficacement la sécurité juridique et les besoins
pratiques.

Angélique CHEN, Déléguée du
CSN pour la Chine et Notaire à Besançon, a exposé la définition de l'acte
authentique en droit civil français ainsi que les conditions légales requises
pour son établissement. Elle a souligné que le notaire n'est pas seulement le
rédacteur qui constate les faits, mais aussi un délégué de la puissance
publique. En conséquence, le notaire doit impérativement, et conformément aux
règles juridiques, assumer les missions de contrôle de la légalité, de conseil
et de conservation à long terme des actes. L'acte authentique qu'il dresse ne
se contente pas d'attester l'existence et la teneur des déclarations des
parties, il offre surtout une garantie de certitude pour les transactions. Elle
a indiqué que, dans le contexte de la dématérialisation et de la
mondialisation, l'acte authentique s'adapte à l'évolution de la société grâce à
sa forme électronique. Néanmoins, il demeure une pierre angulaire essentielle
au sein du système juridique pour garantir la sécurité des transactions, prévenir
les litiges et favoriser la stabilité sociale.

Christel GRILLET, Membre du
Bureau du CSN et Notaire à Saint-Aygulf, a illustré le système français de
preuve des faits juridiques en prenant l'exemple de l'état des personnes et des
successions, dont le noyau consiste à maintenir un équilibre entre la liberté
probatoire et le formalisme juridique. Dans le domaine de l'état des personnes,
la preuve repose principalement sur le système rigoureux formalisé autour des
actes de l'état civil, complété par un mode particulier qu'est l'acte de
notoriété constatant la possession d'état. En matière successorale, l'acte de
notoriété est également le document probatoire clé pour établir la qualité
d'héritier. Me GRILLET a souligné que, face à la complexification des
structures familiales et à la dématérialisation des actifs patrimoniaux, la
pratique rencontre divers défis, et que le notaire continue d'assumer un rôle
central pour garantir la force probante et préserver la sécurité juridique.

WU Yu, Chercheur invité
associé à l’École des Affaires juridiques internationales de l’Université de
droit et de science politique de Chine de l’Est, a présenté les sources
juridiques des règles de preuve en Chine, clarifié les principes fondamentaux
tels que la décision fondée sur la preuve, la répartition de la charge de la
preuve, ainsi que les critères d'examen des « trois caractères » des preuves,
et exposé les défis que pose le développement de l'intelligence artificielle au
système juridique probatoire chinois, ainsi que les réponses apportées par les
règles actuelles. Dans la pratique, la technologie de « deepfake »
par IA pourrait accroître le seuil de vérification judiciaire, induire en
erreur l'appréciation des juges et augmenter les coûts de la justice. Pour
faire face à ces défis, le système probatoire chinois, développé au fil des
années, a établi le statut indépendant des données électroniques et construit
une série de mécanismes d'examen des données électroniques. WU Yu a souligné
qu'avec l'approfondissement de l'application des technologies, le rôle du
notariat dans la prévention des « deepfakes », la consolidation des
chaînes de preuves et le renforcement de la confiance judiciaire devient de
plus en plus manifeste. À l'avenir, il sera nécessaire, par un développement
synergique du droit et de la technologie, de construire conjointement un écosystème
probatoire fiable.

Pierre Jean MEYSSAN, Premier
Vice-Président du CSN et Notaire à Bordeaux, a illustré la transformation de
l'acte authentique à l'ère numérique à travers deux innovations majeures :
l’acte authentique électronique et l’authentification à distance. En s'appuyant
sur des moyens techniques tels que des logiciels agréés, des normes de
signature électronique qualifiée et la mise en place du Minutier Central
Électronique du Notariat (MICEN), le notariat français garantit rigoureusement
l'intégrité, la confidentialité et la traçabilité de l'acte authentique
électronique. Parallèlement, afin de s'adapter aux besoins de la société, de
nouveaux modes de service ont été développés, comme la signature à distance
d'un même acte par deux notaires ou la réception d'une procuration par
visioconférence, réalisant ainsi l'union de la commodité du service et de la
sécurité juridique. Me MEYSSAN a souligné que, bien que le support de l'acte
notarié ait évolué, sa foi publique reste inchangée. Grâce aux formats
électronique et à distance, le service notarial peut désormais transcender les
limites géographiques. Ces deux avancées sont le fruit du maintien des missions
fondamentales du notariat, tout en s'adaptant aux technologies et en épousant
les progrès de l’époque.

SHEN Yitao, Directeur du
Centre des services de propriété intellectuelle et Notaire à l’Étude notariale
Lingang à Shanghai, a présenté de manière systématique les points clés de la
pratique de l’authentification de la conservation des preuves dans différents
domaines, ainsi que les défis et perspectives posés par l'évolution
technologique. L'acte notarié de conservation des preuves s'appuie sur les
dispositions juridiques pertinentes et se guide par les directives
professionnelles et les opérations pratiques. Grâce à une procédure notariale
rigoureuse, il garantit efficacement l'authenticité, la légalité et la
pertinence des preuves, jouissant ainsi d'un statut probatoire élevé dans les
procédures civiles. Ces dernières années, les nouvelles solutions de collecte
de preuves, telles que l'horodatage certifié, la « blockchain » et
l'intelligence artificielle, ont apporté des défis et des opportunités majeurs
au modèle traditionnel de conservation des preuves. Selon Me SHEN, dans le
domaine judiciaire visant à régler les litiges, tout en adoptant ces
technologies, le notaire doit impérativement conserver son rôle de pilotage
absolu, maîtriser la capacité à appliquer et à vérifier les technologies, et
maintenir son essence fondamentale tout en tenant compte de l'efficacité. La
rigueur procédurale constitue un soutien essentiel à la valeur du système
notarial, permettant ainsi de poursuivre inlassablement la vérité juridique et
la justice judiciaire.

Olivier VIX, Délégué du CSN
pour la Chine, Administrateur du Centre et Notaire à Rouffach, a examiné de
manière exhaustive la définition de l'intelligence artificielle, esquissé les
meilleurs scénarios d'application de l'IA dans le domaine notarial, et analysé
en profondeur le double impact de cette technologie sur la profession. L'IA
présente un potentiel considérable pour améliorer l'efficacité des services,
optimiser la relation notaire-client et renforcer la sécurité, pouvant ainsi
accroître largement l'accessibilité, l'objectivité et l'efficacité des services
notariaux. Cependant, elle comporte également des risques disruptifs pour la
profession. Face à cela, Me VIX a proposé que le notariat adopte un « humanisme
numérique », maintienne la primauté du notaire, et transforme la technologie IA
en un outil efficace pour consolider, renforcer et valoriser les fonctions
notariales, grâce à des mesures telles que le renforcement de la formation
professionnelle, le strict respect du secret professionnel et le contrôle de la
protection des données, afin de parvenir à un équilibre entre le renforcement
apporté par la technologie et l'esprit humaniste du droit.

GONG An, Directeur adjoint du
Comité de la construction informatique de l’Association du Notariat de
Shanghai, Directeur du Département de la Propriété Intellectuelle N°2 et
Notaire à l’Étude notariale Xuhui à Shanghai, a partagé le contenu essentiel,
la valeur et des cas pratiques de la conservation des preuves électroniques et
de la conservation notariée des preuves. La conservation notariée des preuves
électroniques ne constitue pas une simple application technologique, mais
représente un modèle notarial adapté au développement de l'ère numérique.
S'articulant autour de la logique fondamentale selon laquelle « la technique
garantit l'authenticité, la procédure assure la légalité et la neutralité
préserve la sécurité », elle relie efficacement la procédure notariale et la
procédure judiciaire, offrant ainsi une voie de protection notariale pour la
sauvegarde des droits à l'époque du numérique. À l'avenir, avec l'émergence de
nouvelles formes de données électroniques, la conservation notariée des preuves
électroniques devra poursuivre son exploration en matière d'adaptation
technique et de régulation juridique. Me GONG a souligné que, quelles que
soient les évolutions technologiques, le notaire doit, dans l'exercice de la
conservation notariée des preuves électroniques, constamment maintenir les
valeurs fondamentales d'objectivité, d'impartialité et de neutralité, tout en
optimisant continuellement les modèles de service notarial et en améliorant la
qualité des prestations, afin que le notariat puisse pleinement déployer son
rôle dans l'ère numérique.
Durant la séance de questions,
les participants ont engagé des échanges approfondis sous forme de
questions-réponses sur des points spécifiques du contenu du colloque, explorant
ensemble de nouvelles voies et de nouveaux mécanismes pour que le travail notarial
contribue à la sécurité juridique, au développement économique et à la
gouvernance urbaine. Le colloque s'est conclu dans une atmosphère de discussion
à la fois animée et amicale entre les deux parties. |